#8 – Janvier / January 2026

Henri Lefebvre
3 à 4 variations défaites 

En notes et mouvements de sons, croquis, et leur complémentaire. Sur des thèmes développés dans Korè / Autre vêtement privé de son occupant, ouvrage en cours. Où Korè, librement inspirée de la déesse romaine Proserpine, et grecque Coré, représente la femme sans désir. Où Le Requis figure l’amant éconduit.

Henri Lefebvre, croquis à la pierre noire et à l’acrylique sur papier Canson 160g, de 21 x 28,3 cm chacun.

 

1

Corps dérivé, détaché d’un territoire pour un autre et promis à des fragilités de saison.


Un dessous de corps neutre à flancs blancs. Sans éloquence. Dépourvu d’intention.


De la surface, sans émotion inscrite.


Uniquement de la surface.


La convoitise, le touché (moins délicat) provoquant le déséquilibre. Aussi, dans l’inquiétude de la chute, Korè éloigne-t-elle de sa lèvre le sexe d’un autre. S’interdit-elle le touché compromettant d’une autre.


Elle maintient à distance. De cette façon. Et/Mais elle observe.


Le rang sonore des perles à son cou.

 

2

Phrases d’images, une archive qui inscrit en elle la hantise de l’effacement.


Sur le rapport des zones blanches de Korè, qui ne peuvent être lues. Et sur les empreintes du reste (qui ne relève pas de la séparation, de l’intervalle ou de la distance) – et des étrangetés oubliées.


< Pour > / Convoquer le nu enfoui dans le maigre.
–                demi-chagrin fauve.
–                (à) cinq nerfs.


Corps incomplet sans être cruel.
Se couche. La voix pincée.
La couleur divisée sur le front.


Où le défaut se trompe de langue. 


Son abattement chargé d’amants inventés, ni trop brusques, ni trop bruyants.


Mais, en elle, la proximité de l’angle. Du trébuchement (ou de l’écart de marche). Le récitatif de l’écart de marche.


La distance et l’écart producteur, générateur de troubles.
(…) le regard délasse progressivement la clôture (…) un doigt entrouvre (…) le gouvernement, le parfum de son dommage (…) au préjudice (…) de ce qu’elle défait par négligence coupable (…)
Un corps sur un autre : une parole sur une autre, dans le dérangement, et figée dans les embarras.
–                le verbe commun < dans le pli >


L’apparence comme résidu. Et débordement de ce que l’apparence aura tu.

 


2’ ou 3

Même grain d’opacité.
Ample dérive.

 

(…)

au tremblé de la cheville, le tremblé du désordre.
(…)
par là, dans l’écart,
où se déverse le chant des eaux
rédigées, impeccables.

 

Modèle
de chant, là-devant
son lait de plâtre, aux marges des cols.

 

Les moyens de la masse    |    de la journée grossière
le mal à nous fait
de l’eau courte.

 

Eau de vent, les alliances
groupées de vents à seul défaut,
levée défaite
et reprenant d’elles une étendue à nouvelle date,
établissait le pas qu’il faisait au-dessous.

 

Et du sein les nuées,
dans les bords du propos
de celui qui se tait,
la remise de son délai au pied de l’heure,
dans l’effacement ou les redressements de la faute.
La voici, les yeux versés dans les siens,
qui montait en tribune
et publiait.

 

Dans le fléau des boues récitait un chant.



3 ou 4

   

        Pays narrateur,

        l’obscur témoin………(i.e. le sexe < de ce corps-là >)

CANTO XX :

« The smell of that place – d’enoi ganres”
« L’odeur de cet endroit nous protège de l’ennui ».

Traduction Jonathan Pollock,
in Lire Les Cantos d’Ezra Pound

       L’obscur témoin
       nous protège de l’ennui

 

Du Requis : le désir représenté dans la transparence d’une toile grossière qui ne parvient plus à protéger son inquiétude du regard d’autrui.

 

L’humeur agitée du Requis référencée dans l’œuvre d’un autre, La peur du désir de Piero Pizzi Cannella.

 

La main sûre,
dans le demi-corps, brode une odeur simple.
Une agonie, à chaque mouvement du sexe. Une inquiétude. Le corps dans la précipitation < de l’agacée >.

 

Une écriture sans discernement.        
–                peur chorale
–                ourlée de sang chauve
[Mais du corps,] les parties reposées sèchent.

 

Ici, là.
Les mouvements défaits.
Les mouvements se défont de la femme dispensée.

 

 

Complémentaire : La muette du langage parlé

pour Jacques Coursil

 

Dans le dialogue, il y a celui qui parle et celui qui entend. Ce dernier, dans le silence le temps de son écoute, ne quitte pas pour autant « la sphère du langage ». Or, celui qui parle entend aussi. Par conséquent, il y a par intermittence, dans le dialogue, celui qui parle et deux interlocuteurs qui entendent. « L’activité du langage se partage donc en deux rôles dialogiques, celui d’entendant qui parle et celui d’entendant qui ne parle pas ». Jacques Coursil estime que « la fonction muette d’entendant » est à considérer comme une activité de langage, pleine et entière.

  

Phrases préparant le récit.

  1. Le silence de Korè – la muette du langage parlé (dans les pages qui précédent et qui suivent) – n’est pas l’expression d’une passivité mais bien la manifestation d’une activité. Korè entend dans le silence de la parole. Le rôle d’entendant est un rôle d’actif.
    Aussi, peut-on considérer le silence du corps comme le symptôme d’une inactivité volontaire ou forcée. Et peut-on, dans le même temps, soutenir le contraire, et considérer le silence corporel comme un silence actif d’entendant.
    On s’interrogera, néanmoins, sur ce que le corps dans le retrait nous réserverait de surprises s’il devait, plus tard, abandonner cette posture.

  2. Korè parvient au silence comme on descend dans l’Hadès, dans un enfer personnel. Revenue, 6 mois plus tard, à la surface de la terre, ce n’est plus l’homme qu’elle recherche, Korè veut s’entendre. Et dans le dialogue qu’elle entretient dès lors avec soi, elle puise les ressources de la femme qui se redresse.

*

     Thème de la muette dans les blancs du texte et de la toile :

 

  1. « L’idée m’est venue que si je pouvais tout mettre noir sur blanc, ce serait un moyen. Puis il me vint à l’esprit que tout laisser en blanc en serait un autre, et moins trompeur, comme moyen », John Ashbery.

  2. « J’ai tout repeint en blanc, je me suis lassé des mots, j’ai pensé que c’était trop », Robert Ryman.

 

 

Clamart, décembre 2025

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