#8 – Janvier / January 2026

Joachim Olender

Film by Samuel Beckett

Joachim Olender, Film by Samuel Beckett, 2017 (extrait 10 min.). Two channel video, 20 min., prod. SOLILOK FILMS/FNAGP. Galerie Martine Aboucaya, Paris

Film by Samuel Beckett consiste dans la reproduction à l’identique de Film de Samuel Beckett, film muet tourné en noir et blanc avec Buster Keaton en 1965. L’enjeu principal apparaît à la première page de son scénario : Esse est percipi. Etre c’est être perçu. De là, son film découle comme une proposition formelle.

« Film est une expérience logique et optique du cinéma. Il ne raconte pas une histoire même si quelque chose s’y déroule avec un début et une fin. A la manière des avant-gardes esthétiques, Beckett s’affranchit de la fonction représentative pour ramener le spectateur à l’observation du matériau et des constituants élémentaires du cinéma. Le récit est réduit à un protocole de départ, à quelques contraintes très simples : un sujet qui voit et un objet qui est vu. Cela suffit à organiser l’espace visuel »[1].

Dans Film un homme déambule dans les rues, en proie à la panique. Il fuit les regards et semble terroriser les passants. Il se réfugie dans une chambre et supprime vues, jours, reflets et images. Mais un regard persiste. Ce regard, c’est l’œil de la caméra, l’autre, le hors-champ.

Film by Samuel Beckett est une tautologie. C’est une copie d’une copie. Quelle part de création reste-t-il à l’artiste dès lors que la proposition consiste à répéter ? L’art comme lieu de contrainte. C’est ce que nous cherchons à figurer : la contrainte de l’identique. Contrainte quasi oulipienne : refaire le film d’un autre en donnant l’impression de renoncer à tout effet de signature personnel. A la fois conscience de la répétition et de l’incapacité de faire le même. En la répétant, inlassablement, apparaît progressivement la différence, l’autre image.

J. O.

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[1] François Noudelmann, préface et commentaires sur le film (dvd, mk2, 2006)